Démarche

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Gestes

 

Chaque fois que je me retrouve devant un canevas, surface plane, inerte et sans histoire, je cherche à y installer un morceau de vie qui gravite dans un espace infini. Mon désir n’est pas de creuser la profondeur vers l’arrière-plan, mais bien d’ouvrir l’avant-plan, d’amener mes personnages à se libérer du canevas. J’utilise parfois des pinceaux, mais je privilégie mes mains. Je sculpte ma toile. J’ai besoin d’un contact direct avec elle. Je la pense en ronde-bosse. Lorsque je peins, en fait, je me prépare à mieux sculpter.

Si j’aime la liberté et la spontanéité du geste de peindre, j’adore la lenteur et la minutie du geste de sculpter. Je sculpte dans le silence. J’ai besoin d’une connexion totale avec mon œuvre. Tous mes sens sont aux aguets. Commencer une sculpture, c’est décider de partir en voyage, sans connaître la destination finale, sans savoir combien de temps ça prendra.

Quand je sculpte, j’ai vraiment l’impression de dessiner mes personnages. Je trace la ligne d’un corps qui se déploie, j’esquisse le galbe d’une hanche, puis la rondeur d’un sein. Les milliers de croquis que j’ai faits à ce jour, toujours en quête d’une meilleure compréhension de l’anatomie humaine, me permettent d’aborder la matière avec beaucoup de liberté. Les proportions se dessinent de façon naturelle, je peux donc m’amuser à les déconstruire. J’ouvre mes corps, je les cambre à l’extrême. D’un même souffle, je les enracine profondément et je les fragilise.

Corps et paix

 

Mes personnages émergent souvent d’une souche de bois qui les traverse et se déploie dans une chevelure dense et sauvage. La rencontre entre le corps et la matière organique se veut un rappel de nos origines. Nous venons de la terre et nous y retournerons.
Peu importe le médium que j’explore, le thème central reste le même : je parle de paix intérieure. De plénitude. Que ce soit en peinture ou en sculpture, je cherche à transcender la simple représentation d’un sujet pour me rapprocher de l’intériorité, de l’âme. Je questionne les mystères de la vie, de l’amour et du monde dans lequel nous vivons. La sérénité que j’insuffle à mes sujets est ma façon de dénoncer le monde exigeant dans lequel nous vivons, un monde qui encourage la performance à tout prix, la surconsommation, la pollution, le stress, la surmédiatisation de la violence et de la bêtise humaine… J’offre une pause. Mon travail artistique s’inscrit comme un éloge à la lenteur, à la douceur de vivre, au simple bonheur d’être là, vivant, présent.